Anaïs Lefebvre

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Après son diplôme des Arts Décoratifs de Paris en 2014, Anaïs a travaillé plusieurs années en agence de communication avant de se consacrer entièrement à l’illustration. Fascinée par l’imagerie populaire, le dessin de mode des années 30 et les miniatures persanes, elle s’inspire des télescopages du quotidien pour raconter des histoires à la fois cocasses et poétiques dans un univers souvent coloré et rigoureusement construit. Elle travaille principalement pour la presse, l’édition, le cinéma, et compte parmi ses clients : Les Échos, La Septième Obsession, Artcurial, Les films du Bal, Paulette, …

After graduating from the Arts Décoratifs de Paris in 2014, Anaïs worked for several years in a communication agency before dedicating herself to illustration. Fascinated by popular imagery, 1930’s fashion illustration and Persian miniatures, she is inspired by daily oddities to tell stories that are both quirky and poetic in a colorful and rigorously structured universe. She works mainly for the press, publishing and cinema, and counts among her clients : Les Echos, La Septième Obsession, Artcurial, Les films du Bal, Paulette, …

Ton travail est très diversifié et se déploie aussi bien dans la presse que l’édition, en passant même par l’affiche de cinéma. Y a-t-il des sujets auxquels tu es plus sensible que d’autres ou des thèmes que tu as particulièrement aimés traiter ?
Je suis une cinéphile donc j’ai tendance à être plus sensible à certains thèmes ou motifs m’ayant marquée sur grand écran. Par exemple, j’aime particulièrement les «petits sujets» du quotidien, les anti-héros, les agents doubles… et lorsque je dessine, la mise en scène m’importe davantage que le dessin en lui même. Quels personnages ? Quelles interactions ? Quel cadre ? Il faut que cela raconte des histoires. Quant à l’affiche de cinéma, c’est un sujet délicat pour les illustrateurs et les graphistes, mais j’aimerais pouvoir m’y consacrer davantage. Ou, mieux encore, avoir l’occasion de faire animer mes illustrations pour un générique !

Tu as également été directrice artistique en plus de ton métier d’illustratrice. Que t’a apporté cette expérience et a-t-elle eu une influence sur ta pratique actuelle ?
Mon expérience de directrice artistique m’influence au quotidien puisque je conçois mes esquisses de la même façon que mes anciens briefs photo ou storyboards, en hiérarchisant les niveaux de lecture, en travaillant les lignes de force, en plaçant des objets, des accessoires, des visages correspondant à l’univers du client. Et j’ai maintenant l’avantage de ne plus avoir de limites de faisabilité, de casting ou d’échelle !

Comment décrirais-tu ton style illustratif ?
Je me sens assez proche de l’imagerie populaire (Épinal, l’Ukiyo-e, les miniatures persanes, le dessin de mode à l’époque de Lucien Vogel…), notamment pour la valorisation de sujets issus du quotidien, l’utilisation d’une palette très simple, l’absence de perspective complexe et la grande attention portée à l’attitude des personnages, ainsi qu’au détail de leurs vêtements et de leur environnement.

T’arrive-t-il d’être à court d’idées ? Comment fais-tu alors pour retrouver l’inspiration ?
Lorsqu’un sujet s’éloigne de mon univers, il m’arrive bien sûr d’avoir plus de difficultés à trouver la bonne idée. Mais j’ai des carnets qui me dépannent très souvent dans ces circonstances. J’y accumule toutes sortes d’images, de postures, de visages, de vêtements, de lieux et d’objets repérés dans mon entourage ou encore au cinéma, dans les magazines et parfois sur les réseaux. Mais ce que je préfère, c’est observer les stéréotypes, les conventions sociales, et essayer d’y trouver quelque chose qui dépasse, qui sort de cet ordinaire, pour le glisser ensuite dans mes dessins !

Tu es en préparation d’un nouveau projet en collaboration avec les éditions de la Martinière : une série de couvertures pour un polar. Peux-tu nous en dévoiler un peu plus ? Quel genre de livre aimes-tu lire, d’ailleurs ?
« Les dames de Marlow » est une nouvelle collection de cosy mystery dont le premier tome vient de paraître. La demande des Éditions de La Martinière était assez précise pour la couverture : l’héroïne devait y figurer de façon centrale, entourée de ses deux amies, puis il fallait glisser dans la scène toutes sortes d’accessoires faisant référence au genre et à la personnalité des personnages. Le plus amusant a été de décliner ensuite cet univers pour les différents supports de communication, de dessiner une grande dînette pour l’une des PLV, de créer un motif, une carte de la ville, et de voir mes personnages animés pour la publicité télévisée ! Quant aux livres que j’aime lire, ils sont souvent plus anciens et ce sont pas toujours des romans. Récemment j’ai entamé les Mémoires de Saint-Simon (dans une très belle édition illustrée par Pierre Brissaud), et parmi les auteurs incontournables de ma bibliothèque, je citerais La Bruyère, Balzac et Zola, Fernando Pessoa, Nathalie Sarraute pour ses Tropismes, et peut-être Bret Easton Ellis pour terminer sur un auteur contemporain. Le fil conducteur étant sans doute encore l’humain et la méticulosité dans le détail des analyses sociales.

Aurais-tu des conseils pour celui ou celle qui souhaiterait devenir illustrateur/illustratrice ? Quelles qualités sont nécessaires pour évoluer dans ce métier ?
Il y a tellement d’illustrateurs avec des qualités si différentes que je ne suis pas sûre de savoir quelles sont celles qu’il faut avoir nécessairement. Mais un de mes professeurs d’arts plastiques disait souvent que les dessinateurs ressemblent à leurs dessins (ou l’inverse), j’aime beaucoup ce principe. Peut-être faudrait-il ne jamais tricher avec des dessins qui ne nous ressemblent pas ?

Propos recueillis par Joséphine Joffrin en juin 2021